« Au secours, j’ai de l’eau dans ma cave! »

20 janvier 2016, 6 h du matin au clos de voirie de l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension. Deux appels d’urgence sont arrivés au 311 dans la dernière heure : un bris de service d’eau sur une rue de l’arrondissement, un bris de canalisation et une inondation dans une cave. Martin Rémillard et Martin Gaudreault en ont vu d’autres. Tous deux contremaîtres aqueducs à la Direction des travaux publics de l’arrondissement avec une équipe de 12 employés (23 l’été), on les appelle les pompiers de l’eau.

4 pieds ou 1 verre?
Chaque jour, Martin Rémillard et Martin Gaudreault arrivent au clos de voirie à 6 heures. Première étape : prendre connaissance des plaintes adressées au 311 par les citoyens pendant la nuit et qui ont été localisées sur la carte de l’arrondissement dans le système informatique SIGS.

Ensuite, envoyer le dépisteur de fuite sur le lieu de l’incident pour évaluer l’urgence. «“J’ai de l’eau dans ma cave”, ça ne veut pas dire la même chose pour tout le monde… Pour certains c’est 4 pieds d’eau, pour d’autres c’est l’équivalent d’un verre! C’est pour ça qu’on se rend sur place. Ça aide à déterminer les priorités.»

«S’il y a un bris de conduite en surface et que l’eau peut s’écouler dans un puisard, ça n’a pas d’impact sur le citoyen. On peut alors simplement diminuer le débit et laisser couler… Pendant ce temps, on va aller rétablir un bris de service, par exemple.» Les interventions sont toujours priorisées en fonction de l’impact sur les citoyens.

«L’eau est un service essentiel. Quand on intervient, les citoyens sont le plus souvent en détresse. Ils ne savent pas quoi faire. On arrive et on prend les choses en main pour les sortir du trouble. Et généralement, ils sont très reconnaissants. “Ce n’est pas la perception que j’avais des employés cols bleus”… “Vous êtes vraiment professionnels”… «Ce sont des commentaires qu’on entend régulièrement», affirme fièrement Martin Gaudreault.

Les pompiers de l’eau
«On nous appelle les pompiers de l’eau », ajoute Martin Rémillard, à la Ville depuis 28 ans et toujours aussi passionné. Pour faire ce métier, il faut vraiment aimer ça. Sinon on ne reste pas, jour après jour, dans des conditions si difficiles, presque toujours dehors, debout, avec le stress, parfois le froid pendant 10 à 12 heures d’affilée!»

Une intervention réglée au quart de tour
Une intervention ordinaire prend de 5 à 6 heures, toutes étapes comprises. Huit employés cols bleus et trois véhicules sont dépêchés sur les lieux. La première chose à faire est souvent de fermer la rue à la circulation. «Les normes de santé et sécurité au travail exigent un minimum de 10 pieds de distance entre le trou et le trafic. Bien souvent, la configuration de la voie de circulation ne permet pas de dégager cet espace. On n’a alors pas d’autre choix que de fermer la rue.» Un communiqué est émis par l’arrondissement.

Une fois la rue fermée ou la signalisation installée, on ferme l’eau pour toute la rue. «Ce matin, on est arrivé avec une livraison de galons d’eau pour les 30 enfants de la garderie pénalisés par la fermeture d’eau.»

On passe alors à l’intervention à proprement parler. L’asphalte est découpée au dessus de la fuite, puis la rétrocaveuse se met au travail pour creuser jusqu’au tuyau. Pour ne pas risquer d’endommager le tuyau avec la benne, le creuseur de coupe prend le relai pour finir de déblayer les contours du tuyau à la pelle. Mais avant de permettre au travailleur de descendre dans le trou, un caisson d’étançonnement est descendu dans l’excavation grâce à un camion muni d’un système de grue. Cette grosse caisse de la taille du trou protège le travailleur du risque d’effondrement des parois.

Une fois le tuyau réparé, il faut s’assurer que la réparation supporte la pression. Des tests sont effectués avant de ramener la pression d’eau à la normale. C’est ensuite l’étape du remplissage de la coupe, avec de la nouvelle pierre entreposée à la carrière Francon. À 11 h 15, le service d’eau était rétabli sur la rue.

«C’est une intervention normale aujourd’hui, affirme Martin Gaudreault. Tout s’est bien passé. Il n’y a pas eu de problème particulier. Pour nous, c’est la routine. Mais ça ne se passe pas toujours comme ça! On peut être confrontés à toutes sortes de particularités qui rendent la tâche plus compliquée.»

Souvenirs fatigués de l’hiver 2015

«L’hiver dernier, il a fait tellement froid que le sol a gelé jusqu’aux tuyaux. On a eu plus de 214 dégèlements de service, ça a été exceptionnel!» Pour l’ensemble de l’année 2015, il y a eu 92 bris de conduite et 168 fuites sur des services d’eau alimentant les résidences. On a fini l’hiver épuisés!»

De toute évidence, ces contraintes n’affectent pas la bonne ambiance au sein de l’équipe. «Le noyau de l’équipe est le même depuis plus de 20 ans, ce qui est très rare dans ce type d’emploi, explique Martin Rémillard. On est une équipe tissée très serré. Il y a beaucoup d’entraide et un sentiment d’appartenance très fort. On a fait faire des chandails, casquettes et manteaux pour les gars de l’équipe et ils les portent chaque jour! Quand ils ont un problème, ça devient notre problème. On est souvent avec eux sur le terrain. Ils savent qu’on est là.»