Écocité 2011 – Retour sur la conférence-débat présentée par COLLECTIF QUARTIER

Par Collectif Quartier

Paru le 21 septembre 2011 |
Aménagement urbain, Collectif Quartier, Développement local, Environnement et développement durable, Participation citoyenne, Urbanisme, Vie de quartier

L’édition 2011 du Sommet Écocité : un succès!

La neuvième édition du Sommet mondial Écocité, tenu à Montréal du 22 au 26 août dernier, a rassemblé plus de 1 500 délégués provenant de 280 villes de 70 pays pour un rendez-vous réussi!

L’événement s’est conclu par le constat que Montréal, comme les autres villes du monde, est face à des enjeux énormes avec des ressources limitées mais se trouve également au coeur des solutions aux grands défis auxquels elle est confrontée. Dans cette foulée, le Sommet a permis de mettre de l’avant des centaines d’idées et de pistes d’action inspirantes.

Les défis à relever

Pour devenir une écocité, Montréal et sa grande région urbaine devront relever plusieurs défis : freiner l’étalement urbain et densifier les milieux urbains existants, bénéficier de plus d’investissements dans le transport en commun, dans les aménagements favorables aux déplacements à pied et à vélo, et dans le verdissement, et enfin, faire une plus grande place aux citoyens dans les processus décisionnels.

La révision de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme en cours présentement à l’Assemblée nationale du Québec, l’élaboration du nouveau Plan métropolitain d’aménagement et de développement de la Communauté métropolitaine de Montréal ainsi que la mise en chantier du Plan de développement de Montréal, représentent d’excellentes opportunités de se doter d’un cadre novateur et de penser l’avenir de Montréal selon les principes du développement durable.

Participation citoyenne

La thématique de la participation citoyenne a été au centre de plusieurs des conférences présentées durant l’événement. L’implication à tous les niveaux de planification et la mobilisation des premiers «utilisateurs» de la ville se sont imposées comme de réelles forces novatrices à promouvoir afin de favoriser un développement où tous participent à la réflexion.

La conférence publique de COLLECTIF QUARTIER

Dans le cadre des événements publics proposés durant le Sommet, COLLECTIF QUARTIER, en collaboration avec son partenaire, Le Centre d’écologie urbaine de Montréal, a présenté une conférence mettant de l’avant la question de l’implication des citoyens en regard de la planification et du développement de Montréal.

Monsieur Yves Cabannes, urbanologue, militant et professeur à la University College London, Madame Chantal Gagnon, Directrice de l’environnement et du développement durable à la Ville de Montréal et responsable du Bureau du Plan de développement urbain de la collectivité montréalaise 2010-2015, et Madame Shannon Franssen, coordonnatrice de la table de concertation Solidarité Saint-Henri, ont partagé expériences et réflexions avant de répondre aux questions des quelque 300 participants à l’événement.

Des exemples inspirants pour Montréal?

Monsieur Cabannes a présenté plusieurs exemples de villes d’Amérique du Sud où des démarches novatrices impliquant citoyens, organismes et institutions privées et publiques, ont été menées avec des résultats très positifs. Il a notamment insisté sur la multiplicité des formes de participation citoyennes et sur les possibilités d’intégrer avec succès la population dans des démarches qui semblent souvent trop complexes pour des non-experts.

Il a aussi souligné l’importance de combiner différentes approches dans la planification du développement d’une ville. Il soutient à cet égard que peu de villes planifient en regard de la diversité des gens qui les composent et que ce devrait être une considération fondamentale au même titre que les approches sectorielle et territoriale. Il cite en exemple la Ville de Sao Paulo où un réel effort a été accordé afin de donner la parole aux citoyens, particulièrement aux sans voix et aux oubliés de la démocratie.

Le plan de développement durable de Montréal

Madame Gagnon a présenté l’expérience concertée ayant conduit au Plan de développement durable de la collectivité montréalaise 2010 -2015. Elle a souligné les moments clés de la mise en oeuvre de cette seconde mouture et les diverses formes de consultation des citoyens, organismes et institutions publiques et privées menées afin de recueillir les recommandations du plus grand nombre d’acteurs concernés par cet important outil de planification et de développement.

Elle a précisé qu’une des difficultés dans cette approche concertée était de rejoindre le citoyen «typique» dans son quotidien, dans son quartier. À cet effet, e lien entre la grande pensée générale et l’action locale s’est concrétisé par la mise en place de plans de développement durable locaux nommés «Quartiers21» (d’après l’Agenda 21, plan d’action pour le XXIe siècle adopté par 173 chefs d’État lors du sommet de la Terre, à Rio, en 1992). Le programme Quartiers21 soutient et finance des projets de développement durable à l’échelle locale et favorise la sensibilisation et la participation des citoyens face aux enjeux environnementaux, sociaux et économiques, de même que la concertation de l’ensemble des acteurs locaux.

En conclusion, Madame Gagnon a présenté succintement la démarche actuellement en cours de développement du Plan de développement Montréal qui mènera, notamment, à la révision du plan d’urbanisme de Montréal. La Ville mènera une opération de concertation en vue de mener à terme, d’ici 2013, cet exercice de planification dans lequel on souhaite mettre de l’avant les «bonnes pratiques» du développement urbain où chaque membre de la communauté pourra se retrouver.

Solidarité Saint-Henri

Madame Franssen a présenté la Table locale de concertation Solidarité Saint-Henri (SSH). Ces tables sont présentes dans l’ensemble des arrondissements de Montréal à l’exception d’Outremont. Elles représentent le lien privilégié avec les citoyens par leur approche participative d’échange, d’analyse et d’action. SSH assure la mobilisation, la consultation, l’information et l’éducation populaire des citoyens de St-Henri en regard des petits et grands enjeux qui touchent leur qualité de vie et leur territoire.

Madame Franssen a recensé quelques unes des réalisations les plus significatives des dernières années, notamment dans le cadre de la réfection de l’échangeur Turcot. Elle a aussi expliqué les diverses stratégies employées en vue de la mobilisation des citoyens, qui semble ne pas être aussi ardue dans St-Henri que dans certains autres arrondissements. Elle a précisé que le travail en petits comités était beaucoup plus productif que celui en grand groupe et que, selon elle, l’élément le plus important découlant de la participation et de la mobilisation des citoyens est le sentiment d’appartenance qui se développe à l’égard du milieu de vie.

En conclusion

Les participants ont été nombreux à intervenir et poser des questions aux trois panelistes. Un constat que l’on pourrait tirer est que Montréal s’est dotée de plusieurs outils favorisant la participation des citoyens, notamment la Charte des droits et responsabilités, l’Office de consultation publique (OCPM) et le Droit d’initiative, mais qu’ils ne rencontrent que partiellement leurs objectifs. Bien que les mécanismes en place soient appréciés, tant pour leur qualité que pour leur côté novateur, et que la perception générale est que la Ville fait manifestement preuve de bonne foi dans sa volonté de prendre en compte les considérations des citoyens, on déplore la lourdeur du processus formel et le peu de suivi postconsultations.

Les exemples cités par M. Cabannes sont certes inspirants pour Montréal mais sont-ils directement «exportables» hors de leur contexte unique? On serait porté à croire que chaque situation est un cas d’espèce mais il va sans dire que les bases proposées sont adaptables à la réalité montréalaise.

Une des récriminations à l’égard de la Ville est que, en dépit des outils et mécanismes en place, il est très difficile pour les citoyens de se faire entendre. À quoi il est rétorqué que la Ville n’agit pas seule et que les autres paliers gouvernementaux doivent agir de concert avec les autorités municipales. Il s’agit donc fondamentalement d’une réelle volonté politique pour que le changement opère. Une implication directe de l’appareil administratif, et même du gouverneur lui-même, dans les assemblées citoyennes ont donné de très bons résultats à San Salvador au Brésil. Une formalisation et une institutionnalisation du «droit» des citoyens à participer à toutes les étapes de la planification, jusqu’à la mise en oeuvre, et même après coup avec un droit de révocation de mandat, ont, quant à eux, réellement changé la dynamique de gouvernance de la ville.

La marche est sans doute assez haute pour Montréal dans l’état actuel des choses mais les exemples inspirants sont nombreux et les avancée vers une meilleure écoute de la population imposent, évidemment, une certaine période transitoire. Il est possible de croire que des rencontres du calibre d’Écocité peuvent influencer les politiciens et provoquer les remous qui mèneront vers une planification durable et où les citoyens pourront réellement faire entendre leurs voix.

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