«De la dynamique des politiques de désinstitutionalisation au Québec». Yves Lecomte.

En 1997, la Revue santé mentale au Québec a publié un article sur les politiques de désinstitutionalisation de Monsieur Yves Lecomte, psychologue et professeur titulaire à la TÉLUQ. Sa conclusion permet de saisir l’évolution historique de ce phénomène, faisant passer le rôle d’intervention de l’institut asilaire au milieu communautaire.

Nous vous présentons la conclusion de son article. Pour mieux connaître l’histoire de la psychiatrie québécoise, nous vous invitons à apprécier la série «Les artisans d’une psychiatrie nouvelle» sur le site de la Revue santé mentale au Québec.

«Au Québec, la politique de désinstitutionnalisation a été initiée et soutenue par les tenants de la psychiatrie communautaire. En s’appuyant sur le développement des hôpitaux, ces cliniciens ont tenté de modifier la pratique psychiatrique asilaire durant les années 65-75, en une pratique reposant sur de nouvelles valeurs et ancrée dans la réalité sociale des patients. Même si cette expérimentation exerça une grande influence sur le milieu psychiatrique, elle n’a malheureusement pu mettre en place un réseau de ressources communautaires qui auraient assumé les fonctions asilaires auprès des patients désinstitutionnalisés ou des personnes en besoin de pareils services.

«Durant la deuxième phase de la désinstitutionnalisation (1975-1985), cette politique a été relancée et soutenue par les technocrates, avec le soutien mitigé du milieu psychiatrique. Durant ces années, elle fut réalisée sur la base d’une pratique hospitalière sans lien soutenu ni continu avec la communauté.

«La troisième étape de la désinstitutionnalisation (1985-1995) fut lancée par les technocrates et les gestionnaires financiers, selon une logique de l’économie des coûts. Davantage encadrée par les régies régionales, elle fut appuyée par le milieu psychiatrique qui, en plus de l’approche biologique, eut recours aux nouvelles techniques de réadaptation pour préparer une clientèle de plus en plus difficile à réinsérer socialement. Les ressources communautaires commencèrent à jouer un rôle déterminant dans sa réussite.

«La quatrième étape s’annonce avec le document Orientations pour la transformation des services de santé mentale (1997). Dominée par la logique du contrôle des coûts et s’adressant à une clientèle aux troubles de plus en plus sévères, cette politique s’appuiera davantage sur les ressources communautaires pour assurer sa réussite.

«Il est heureux que le gouvernement reconnaisse le rôle majeur du réseau de soutien communautaire dans la réussite d’une politique de désinstitutionnalisation. Il est toutefois dommage qu’il soit à nouveau silencieux sur la manière dont le milieu de la santé mentale (hôpitaux généraux et psychiatriques) pourrait se réapproprier ce projet collectif d’humanisation des soins destinés aux plus démunis avec les ressources communautaires. Si le gouvernement demeure aussi silencieux dans la politique officielle à venir, il est à espérer que le milieu psychiatrique se mobilise et actualise ce projet, comme lors de la première vague de désinstitutionnalisation, mais en partenariat, cette fois, avec le milieu communautaire.»

«De la dynamique des politiques de désinstitutionalisation au Québec». Yves Lecomte. Santé mentale au Québec, vol. 22. no 2, 1997, p. 7-24. Érudit (http://id.erudit.org/iderudit/032412ar)

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